lundi 16 juin 2014

Chronométriques - Romance ratée



C'est dommage, tu étais jolie :
je me sentais d'humeur et de taille
à faire pour toi quelques folies
voir même à la jouer un rien canaille.


Mais tes grands yeux trop vides
annonçaient pour un jeune poète
un goût de rien-du-tout trop acide
dans ta charmante petite tête !


Et puis cette main toujours fermée
sur l'oracle mystique à l’œil de verre
attendant le tremblement... non mais !
crois-tu qu'avec ça l'on fasse un vers ?


Zut ! plutôt courir à tout jamais
portant ces images qui résonnent
que de capituler et rimer
beauté qui m'étonne et téléphone !




                                                Jérôme, 16 juin 2014 (3 min.)

dimanche 15 juin 2014

Chronométriques - Vagabond


Chronométriques - Vagabond



Oh !.. une famélique silhouette.
Je t'aime et ta main tendue rejette,
infirme miraculé de la Cour,
blessure des villes au grand jour.

Tous deux – nous portons une faim
qui ne se comble pas d'eau ou de pain :
toi de vengeance et moi d'azur.
Et donc ici-bas traînons la chaussure.

!.. grande culbute des poètes et mendiants :
nos bosses font couronne de diamants,
qui, je sais !.. fait s'enfuir les belles,
mais baste !.. à toi le vin, à moi celle

qui me noie comme une ivresse
et dans la nuit je me redresse
porté par une peu commune fièvre :
au diable les vers doux et mièvres !

Je veux à plein gosier entonner
de sombres stances et le glas sonner
pour l'arrivée nombreuse des Sentinelles
et des cris, des voix, qui s'emmêlent !


Jérôme, 14 juin 2014, (2min.)

Voix d'enfant




Voilà : à la craie, prudent, j'ai tracé ta place.
Une pierre, là, et pour tes gestes un vaste espace.
Je me suis tu. J'attends, maintenant, que tu viennes.
Il n'y a pas de jour ; j'ai tiré les persiennes.

Tiens !.. Regarde : j'ai tué – pour toi – des oiseaux.
Je ne voulais pas qu'ils fuient au loin là-haut
puis, est-ce pas joli, ce tapis de couleurs
comme un second ciel ? Pour toi, toutes ces douleurs !

Et même moi aussi je serai, comme eux,
couché dans mon sang, dans mes plumes, si tu veux,
et tu me regarderas la lèvre humide et l’œil en feu.


Ton visage, je le saurai : jamais je ne t'ai vue,
mais ton nom était de toutes les entrevues
avec mes pères : ils te disent la Belle Dame,
et que sous la soie ta peau brûle comme la flamme

le son de ta Voix que toutes ces nuits j'ai appris...
je veux poser mes lèvres sur celles de ton Cri !..
noyer, d'abord, tous mes doutes dans tes caresses,
puis me pendre à la longue corde de ta tresse !


J'y suis toujours, dans mon lac d'oiseaux dépareillés
cicatrice au ventre et tout prêt à appareiller
vers la tenture de sang versé, vers l'envol
vers tout ce que ce monde à notre amour vole...

ici-bas les formes tracées restent tracés vides
et nulle pierre lancée sur l'eau qu'elle ride
ne fait rien oublier et l'azur insolent
luit encore de corps et de voix s'y mêlant...



                                                               Jérôme, 14 juin 2014

samedi 14 juin 2014

À petits pas

Est-ce la beauté qui se meurt
Ou mon cœur qui se voile ?
Mes yeux ne peuvent voir
Que des plaines de douleur.

Je marche sur mes gardes,
Sur ce terrain desséché,
Où plus une fleur
N'expose son art

Vous qui m'exposez
Votre face si laide,
Et votre corps,
Mon dieu, si grossier,

Qu'ai je donc fait pour cela ?
La vengeance que vous perpétrez,
Serait-elle provoquée
Par mes mots désirables ?

Quoi qu'il en soit
Partez, je vous en prie
Laissez moi vivre
Sans subir tant d'émoi.

Permettez moi de m'enfermer
À l'extérieur de votre cellule.
Où volent les mots
Et  chantent les oiseaux.

jeudi 12 juin 2014

Contes Musicaux - sur Symphony n°4 (op. 36), Piotr Illitch Tchaikovskï


Il y a là une grande forêt où flottent des paroles, lourdes de sens et surprenantes, torrentielles et inaudibles à travers le vacarme de leur multitude. Un jeune regard les interroge, un regard grave comme les yeux d'une tombe, mais si jeune !.. si jeune que la tempête ne s'est pas encore calmée, qui gronde en lui, venue, venue d'avant !.. si jeune que la tempête qui gronde et fait rage au-dehors, venant tout droit des profondeurs immenses de la forêt – qui s'étend à perte de vue – ne lui fait pas peur. Il ne sait pas, ce jeune regard, ce que c'est que la mort ; et peut-être, protégé de toutes parts par les remparts que lui fait son ignorance, pourra-t-il ne jamais mourir.

Il fixe le vent, curieux. Qu'est-ce que cette colère qui se déchaîne dans l'air, cette soudaine fureur du vent ? Est-ce parce qu'il aime tant les vieux arbres majestueux qu'il les ploie jusqu'à les briser presque ? Nadiaïevna, la fille de la vieille femme, est avec lui comme ce vent est avec les hauts sapins mélancoliques, et lui aussi est comme ces rameaux qui se tournent et se retournent en tous sens en gémissant, girouettes soumises aux forces de la grande colère qu'est le vent. Il lui dira, à Nadia, il lui dira. Il sait maintenant la raison des cris et des coups, des haines et des larmes. C'est – et en cet instant le jeune regard se sent toucher le fond, les soubassements du monde qui l'a toujours entouré et qui lui a toujours échappé – c'est que tous s'aiment, mais ne peuvent se fondre l'un en l'autre, et le dépit qui naît de l'amour insatisfait, c'est cela, et cela seul, qui engendre la colère et la douleur. Il ouvrira ses petits bras et ses grands yeux, donc, à Nadia, et elle se calmera, et elle cessera les coups et les hurlements tout le long du jour, hurlements que l'habitude a si bien dénués de sens qu'ils ne sonnent plus que comme une longue et vague mélopée, une sorte de tradition, la vie dans ces cœurs frustrés et jetés les uns vers les autres.

Soudain, jailli des ombres et plus noir qu'elle, sorti du vent et plus furieux que lui, un grand corbeau noir, presque plus grand, avec ses ailes étendues, que l'enfant, vient s'abattre, en un grand fracas de plumes, dans la neige à ses pieds. Il ne bouge plus, et très vite, la neige commence à le recouvrir. Surpris, le jeune regard se penche sur l'oiseau si subitement immobile. Des faisceaux de pensées caressées, entrevues, pas même exprimées, se meuvent derrière les grands yeux. Il a le pressentiment de s'être trompé, et que peut-être c'est dans le grand fracas des plumes et le silence qui a suivi qu'est le mystère et la raison des cris et des coups, des colères et des chagrins, et des stridentes mélopées de Nadia. Il ne sait pas, il ne sait plus. Il reste là, il fixe le ciel, et cette fois-ci il a peur, une peur sans fondement ni but, qui se contente, sans se dévoiler, de sourdre lentement au fond de lui-même. Il ne bouge plus ; mais il est devenu mortel, et le vent et la grande forêt ne le reconnaissent plus, ni le froid, qui s'attaque à lui – le froid qu'il aimait tant !.. et il fuit vers les maisons et le village, et vers les cris de Nadia, qui maintenant l'effraient moins que la grande forêt et la fureur de l'air qui se jette à bras-le-corps sur les arbres et sur le sol, et qu'il ne comprend pas... qu'il ne comprend plus...

mercredi 4 juin 2014

Jouet

Mon petit jouet
Mon petit enfant
De bois lustré
Tu vis, tu vis.

Je t'ai façonné, je t'ai poli
Pour t'animer, te donner la vie
Et maintenant, tu me réponds
Tu me montres ton beau sourire.

Une larme de bonheur
Coule sur ma joue ridée
Lorsque tu danses
Sur mon atelier

Toi qui m'a été enlevé
Tu me reviens enfin.
Toi qui était parti
Tu as retrouvé ton chemin.

Que vais-je faire de mes mains
Maintenant que tu es là
Te cajoler toute la journée ?
Mais bien sûr, viens là.


Puis vient le moment,
De lâcher la croix d’attelle
De te laisser, encore une fois tomber
Dans ton tendre sommeil.

Soleil

Que ce soit le ciel bleu,
Le soleil brûlant,
Ou les oiseaux heureux,
Ils me sont tous indifférents.

Avançons ensemble
Malgré tout cela
Malgré leur futilité
Tout sauf innocente.

Je ne veux que de l'eau,
Claire et fraîche
Pour nous porter, nous soutenir
Puis nous couler, sans ressentiment.

Alors, tout sera vrai,
Mais ce sera fini.
Nous ne pleurerons pas,
Rien n'aura d'importance.